février 13, 2010

Lettre dun leader haitien, pasteur Michel Morisset

haitie2010bis
Avant de lire les lignes qui suivent, je vous invite à considérer  l’expérience de feu E. Stanley Jones, un chrétien né aux Etats-Unis et qui fut missionnaire en Inde. Il sentait qu’il avait besoin de Dieu dans sa plénitude. Il s’est donc enfermé dans une pièce en disant à Dieu: Je ne partirai pas d’ici avant que tu te donnes totalement à moi. Jones rapporte que Dieu lui a répondu ainsi: Donne-toi tout entier à moi, et je me donnerai tout entier à toi.

Le défi haïtien est tel que nous avons besoin de Dieu dans sa plénitude, mais nous ne pourrons pas faire l’expérience de sa plénitude sans nous donner totalement à Lui. En disant cela, je ne prétends pas avoir la meilleure solution ni être personnellement en mesure de relever le défi. Mais ce que je veux et ce que je désire, c’est de me donner entièrement.

Tout est accompli !
Quelques semaines auront fait toute la différence pour un peuple. Comme responsable sur le terrain, je ne saurais oublier les cris de ceux qui ont perdu un bras ou une jambe, juste parce que leurs voix s’atténuent jusqu’à devenir silencieuses. Quelqu’un de proche m’a raconté qu’il a vu couper une jambe à l’aide d’un fer à souder. C’est une chose horrible à entendre pour un être humain, mais j’ai été aussi très choqué d’apprendre que dans plusieurs hôpitaux de Port-au-Prince et en province, on a dû amputer des membres, parfois sans anesthésie, simplement parce qu’il n’y avait pas d’orthopédiste disponible, et que les blessés n’en pouvaient plus. Il y a des gens tout autour de nous qui s’attendent encore à voir revenir leurs bien-aimés. Il y a des rescapés qui sont revenus depuis aussi la République Dominicaine, car en suivant le flot de réfugiés les gens atterrisent un peu n’importe où.
Et on ne connaît pas encore toute l’histoire, car il y a eu un effort conscient, de la part de gens qui se sentent moralement responsables, pour dissimuler les cas les plus graves afin d’annoncer au monde qu’on a fait des progrès. Il y a de la nourriture et différentes choses qui sont stockées dans des dépôts gardés par des armes, et où personne ne peut accéder.

Les gens paisibles préfèrent partir pour d’autres villes et pour la campagne où ils se trouvent en sécurité, mais comme Port-au-Prince était le point d’entrée des marchandises, et que à la fois le port et l’aéroport ont été fermés au trafic commercial, les réserves ont fondu. C’est la République Dominicaine qui est notre source d’approvisionnement. Le marché noir bat son plein. Aux Gonaïves, les familles débordent de réfugiés et il y a maintenant des gens qui dorment sur les places publiques.

Cette situation peut empirer étant donné que les organisations qui contrôlent les ressources laissent toujours un fossé entre la phase d’urgence et la phase de réhabilitation. Il faut qu’ils prennent leur temps pour étudier la meilleure façon de procéder.  Aux Gonaïves, après les inondations, c’est ce qu’ils étaient en train de faire, et le tremblement de terre a détourné leur attention. Maintenant, Gonaïves en plus de sa propre misère, doit supporter une large portion des problèmes de Port-au-Prince.

Il y a des gens parmi les acteurs qui sont de bonne foi, mais d’autres sont conscients de ce qu’ils sont en train de faire. De toute façon, il y a une raison derrière chaque comportement et derrière chaque action. Mais quoiqu’il en soit, Jésus connaît le chemin, et mieux encore, Il est le chemin. Ceux qui le suivent ne marcheront pas dans les ténèbres. En marchant dans la lumière que nous avons reçue, nous avons lancé un programme « non-victimes ». Par là, nous encourageons toute personne qui a échappé au tremblement de terre à se lever et à continuer la course de la vie. Si ces gens n’avaient pas de but pour leur vie avant le tremblement de terre, c’est maintenant le moment d’y penser !

* Notre premier mouvement a été à l’égard des pasteurs et des responsables spirituels de la plateforme évangélique des Gonaïves. L’un d’entre eux a perdu 40 membres de sa famille, mais il est actif dans notre équipe, criant « en avant ». Il y a d’autres cas qui sont presque aussi tristes, mais il n’y a plus de visages tristes autour de nous. Tout cela est considéré comme un défi et non comme une défaite fatale.

* Le second groupe que nous visons est constitué par les étudiants d’université. Ce sont toujours les premiers à prendre la rue pour manifester, à courir vers les stations de radio et de télévision pour appeler à la grève. Après notre première rencontre avec eux était le 31 janvier, en présence de plus de 1000 étudiants, nous avons rencontré des comités pour nous préparer à recevoir la foule pour le 15 février. Nous les regroupons en 3 grandes associations et prenons du temps avec les comités directeurs de ces associations pour les préparer à nous aider à recevoir la foule. Depuis le 31 janvier, toujours plus d’étudiants de Port-au-Prince et d’autres endroits qui ont entendu parler de ce qui se passe aux Gonaïves avec l’Université Chrétienne d’Haïti, frappent sans cesse à nos portes. Nous nous sentons vraiment inspirés en travaillant avec ces jeunes.  A partir du 15 février, nous comptons continuer de les réunir en assemblées générales par associations jusqu’à ce que l’ordre et la vie prennent le dessus.

* Le troisième mouvement est en faveur des familles en général. Nous effectuons un recensement qui conduira à la construction de ce que nous appelons le village de restauration (ou cité de refuge). Nous sommes ouverts à la coopération avec différentes organisations venant du monde entier. Jusqu’à maintenant, Eben-Ezer apporte un terrain de 500 hectares. Habitat pour l’Humanité est prêt à s’engager pour les maisons et l’infrastructure. L’Université Nationale Evangélique (UNEV) de Santo Domingo, apporte son propre réseau d’organisations et d’églises. L’Université Chrétienne d’Haïti (UCH) est l’homologue de l’UNEV dans ce projet.

Ce qui se déroule aux Gonaïves est un projet pilote destiné à être répliqué sous diverses formes par les évangéliques dans toute Haïti. La reconstruction de Port-au-Prince en tant que capitale doit être reconsidérée, à la fois sur le plan technique et sur le plan administratif. Il faut qu’il y ait une décentralisation.

Pour terminer, laissez-moi vous dire combien nous sommes bénis d’avoir autour de nous tous ces gens qui ont passé à travers le feu et qui n’ont plus peur de la mort. Le responsable d’une organisation chrétienne appelée COEF5 parle de résilience et de champions. Haïti dans son ensemble est prête à une moisson spirituelle massive. Ne nous concentrons pas sur la distribution de biens matériels, mais sur le plan de Dieu pour le futur de cette nation. Il sera exalté!

Merci pour tout ce que vous avez fait, quels que soient l’endroit et la manière dont vous avez semé, le Maître de la moisson a une façon de faire abonder sa grâce là où le péché a abondé.
Merci au nom de mon peuple.
Il nous arrive dans nos réunions de lire un extrait de vos lettres, et cela nous encourage.

Michel

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