juillet 27, 2011

Mission de la langue & langue de mission

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Si la nature, imaginée et disposée par le Créateur, peut nous informer de son choix et de sa tendance, il semble évident que la différence alimente son plaisir.

L’harmonie des formes, des teintes, des genres, des odeurs, des sons et des saveurs se présentent dans un monde où chaque élément trouve sa place et son honneur. À partir de cette seule observation, il serait juste de conclure qu’il n’en est pas autrement des humains.  N’est-il pas, d’ailleurs, décidé que des hommes de «toutes races, toutes langues et toutes les nations» seront invités dans le Royaume céleste ? Il semble effectivement plaire que chacune des langues de la terre puisse chanter l’inépuisable créativité de leur majestueux Sauveur. Comprenant  cette destinée, il est apparut impératif pour les premiers apôtres de valoriser, déjà dans ce monde, les caractéristiques de la diversité dans l’humanité chrétienne : «Dès le début, Dieu est intervenu pour choisir parmi les nations un peuple qui porte son nom (…) C’est pourquoi, je pense qu’on ne doit pas créer de difficultés aux non-Juifs qui se tournent vers Dieu.» (Actes des apôtres, chap. 15, v. 7 à 20)

Perte du foyer d’identité protégé
Jusqu’à tout récemment dans l’histoire, les peuples se réunissaient dans un territoire où leur langue et leur héritage pouvaient s’exprimer sans l’altération volontaire du méli-mélo multiculturel. Les églises revêtaient elles aussi les traits uniques de ces particularités : les chants, la forme des célébrations, voire même le mode de vie chrétienne se distinguaient des groupes culturels des autres pays.  Or, en raison des nombreux échanges interculturels modernes et de la diffusion mondiale des médias, les églises adoptent de plus en plus des façons de faire empruntées ailleurs, au lieu de puiser dans leur originalité nationale. À l’évidence, l’hégémonie d’une langue comme l’anglais ajoute désormais à cet affaiblissement des distinctions. Sa popularité croissante, manifestée par des succès avérés en affaires ou dans  les arts, pousse tous ceux qui veulent réussir à l’imitation de leurs formules et de leurs méthodes. Il en résulte, ici au Québec comme en d’autres endroits du monde, que l’uniformité imposée par une culture dominante, estompe la variété des couleurs culturelles et langagières qui devraient autrement s’exprimer dans l’harmonie des diversités.

Sans sombrer dans une réaction raciste et séparatrice, les questions de la diversité et du respect de l’unicité doivent être posées dans l’Église : quel honneur accorder à la langue distinctive d’un peuple ? Qu’est-ce que la préservation de sa culture particulière doit apporter à la diversité voulue par Dieu? Quelle importance accorder à l’héritage d’un groupe humain qui nomme les choses différemment et les crées de manière unique ?

Pour démontrer que ces questions sont loin d’être secondaires, revoyons quelques données des Écritures plaçant la langue au cœur du Projet divin. Nous arriverons ensuite aux enjeux de la langue française dans l’Église moderne. Si la présente réflexion porte plus précisément sur la situation Québécoise ou franco-canadienne, c’est qu’en Amérique l’encerclement du monde anglophone avive la problématique de l’envahissement culturel et langagier dans l’accomplissement même de la mission évangélique auprès des francophones. Dans le contexte d’une nation dont la langue et l’identité soulèvent facilement l’inquiétude, il serait sage de discerner que l’infime minorité évangélique francophone (comptant pour moins de 1% des francophones du Québec) limitera son impact et sa crédibilité en lésinant sur la langue de mission.

Le pouvoir de la langue
«Au commencement, la Parole existait déjà. La Parole était avec Dieu et la Parole était Dieu. Elle était au commencement avec Dieu. Tout a été fait par elle et rien de ce qui a été fait n’a été fait sans elle.» (Évangile de Jean, chap. 1, v. 1 à 3)
La nature et la puissance mêmes du Christ ont été associées au potentiel qui se déploie lorsque Dieu parle. «Dieu dit : “Qu’il y ait de la lumière !” Et il y eu de la lumière.» (Genèse, chap. 1, v. 3) La parole est créatrice, à ce point que dans l’Être divin, elle suffit pour devenir vecteur de la Création. Or, réaliser que Jésus est «Parole» de Dieu, doit nous faire considérer l’importance que joue le langage dans le lien familial, ainsi que dans l’expression de la nature même d’une personne ou d’un peuple.

Puisque Dieu nous a fait à son image, il a ainsi tissé ce même lien structurel entre notre identité et nos paroles. En effet, n’est-il pas fréquent de constater que le langage (parlé, chanté ou écrit) exprime les pensées et les émotions les plus profondes de l’être? Collectivement, la langue maternelle d’une nation définit les contours de son âme, elle communique ses passions et ses espoirs, elle raconte sa présence et son histoire dans un territoire longtemps habité. Un peuple prie, pleure, proclame ou déclare ses peines comme ses joies à travers ses poètes, ses compositeurs, ses auteurs ou ses grands orateurs. La langue maternelle a ainsi le pouvoir de faire battre à l’unisson les cœurs de toute une nation !

Le lien entre Royaume de Dieu et la langue terrestre
Lorsque l’Évangile du Royaume a été annoncé pour la première fois après la résurrection du Christ, le Saint-Esprit a pris soin d’exprimer la pensée divine dans la langue maternelle des milliers de visiteurs réunis à Jérusalem : «Ces disciples de Jésus qui parlent ne sont-ils pas tous Galiléens? Comment se fait-il donc que nous les entendions chacun dans notre propre langue, notre langue maternelle? (…) nous les entendons parler dans notre langue des merveilles de Dieu !» (Actes des apôtres, chap. 2, v. 7 et 11).
Ce fait n’est pas qu’une démonstration accessoire du miracle de l’Esprit venant habiter les disciples de Jésus-Christ. Cet événement fondateur annonce bien prophétiquement le destin final de l’Église naissante. L’Apocalypse révèle effectivement l’intention divine de faire proclamer éternellement aux peuples de toutes langues les merveilles du Dieu Sauveur : «Tu as racheté pour Dieu par ton sang des hommes de toute tribu, de toute langue, de tout peuple et de toute nation. Tu as fait d’eux des rois et des prêtres pour notre Dieu, et ils régneront sur la terre.» (Chap. 5, v. 9 à 10). Par conséquent, les disciples de chaque langue portent le destin d’adorateurs de leur nation. En tant que représentants de l’identité et de l’âme de leur peuple, ils sont appelés à louer le Seigneur dans leurs propres mots. Nulle part il n’est dit que les humains sauvés par Jésus devront abandonner leur identité langagière pour n’utiliser que l’idiome des anges ou celui plus usuel d’une autre nation.

Ainsi, sur la terre et dans le monde présent, les membres d’une Église nationale doivent déjà «sanctifier» leur langage en le consacrant à l’adoration du Roi des rois. Car c’est bien en tant que «rois et prêtres» de leur nation propre qu’ils activent le pouvoir transformateur de leurs paroles, en Dieu (réf. Apo. 5. 9-10). Les chrétiens peuvent donc puiser dans les richesses de leur langue maternelle, pour en extraire des œuvres d’art musical, d’art littéraire ou oratoire. Et comme Dieu amena à Adam ses créations terrestres pour qu’il les nomme, il n’est pas surprenant que l’Auteur du Royaume demande aux chrétiens, de toute langue, de décrire Ses réalisations célestes : «L’Éternel Dieu façonna à partir de la terre tous les animaux sauvages et tous les oiseaux du ciel, puis il les fit venir vers l’homme pour voir comment il les appellerait. Il voulait que tout être vivant porte le nom que l’homme lui donnerait.» (Genèse 2, v. 19) !

Christian Paulhus

Par:

Dossier sous: Actualité, COEF 5, Francophonie, Général

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