août 22, 2011

Telle langue, telle mission ?

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Ce qui vient d’être démontré précédemment nous amène à une problématique sérieuse apparaissant maintenant dans les églises évangéliques francophones. Décrivons d’abord leur parcours récent.

À la fin du siècle dernier et au début du 21e siècle, les églises Protestantes francophones marquent une croissance remarquée. Mais sans que l’église catholique n’intervienne pour chasser ces protestants hors du giron francophone, une forte influence anglophone tend à détourner ces chrétiens de leur identité linguistique. Comment expliquer cela ?

•    Tout d’abord, il est important de souligner que bon nombre de missionnaires venus évangéliser le Québec, proviennent du monde anglophone. Leur désir d’apporter l’Évangile aux Québécois est sincère et purement motivé. Cependant, leurs références chrétiennes et spirituelles, marquées par leur culture anglophone, favorisent des ressources provenant de ce milieu (proposition de lectures, invitation de conférenciers, promotion de formations théologiques en milieu anglophone, expressions chrétiennes et manière de prier, etc.).
•    D’autre part, beaucoup de pasteurs et de leaders chrétiens québécois vont s’inspirer des «modes» et des «méthodes» qui remportent du succès dans le milieu anglophone. Du coup, une terminologie anglicisante prend place et un préjugé favorable se voit accordé aux leaders anglophones en vogue.
•    De plus, l’attirance populaire des chants chrétiens anglophones amène les célébrants à traduire ces chants, au lieu de composer d’authentiques louanges tissées dans l’âme francophone. Si bien que dans la vie spirituelle de ces chrétiens de langue française, l’utilisation de l’anglais semble désormais mieux exprimer les vérités bibliques et représenter une valeur ajoutée dans la citation de versets, dans la désignation d’une situation chrétienne ou même dans l’expression de la prière.
•    Enfin, ce transfert volontaire vers «l’âme anglophone» apparaît dans les noms d’églises, les noms de chanteurs ou de groupes musicaux, ainsi que dans les noms d’événements évangéliques que l’on cherche à publiciser. Si bien que parmi ces chrétiens, pourtant francophones, l’anglais devient chic, l’anglais fait choc, tandis que l’usage puissant et artistique du français s’appauvrit.

Il appert que cette évidence risque de nouveau de créer une cassure entre les protestants-évangéliques francophones et la population générale du Québec, qui se considère toujours menacée dans son identité linguistique. Comment, en effet, désirer atteindre cette francophonie fragilisée avec une représentation de l’Évangile assaisonnée et imprégnée d’«anglophonies»? Même en d’autres foyers francophones, comme la France ou la Suisse, n’est-il pas risqué, finalement, de mettre de l’avant des noms anglophones pour désigner des communautés chrétiennes francophones ou des actions évangéliques faites auprès d’eux ? Céder à la mode des anglicismes, surtout pour la tâche missionnaire qui consiste à toucher nos concitoyens francophones, n’est-il pas dévier du projet de Dieu de faire jaillir l’identité même de la Francophonie dans son Royaume ?

Ce qui est un peu aberrant, c’est que tandis que trop d’églises négligent le sérieux de cette tâche identitaire, du côté des Québécois non chrétiens, la mission de faire fleurir la Francophonie d’Amérique apparaît dans le succès de ses auteurs, penseurs et artistes sur la scène mondiale. À cet égard, la réussite est si remarquable que même les Canadiens anglophones apprécient ces traits créatifs forts émergeant du Québec. Et tout Québécois pourrait le clamer, l’âme entière du peuple n’est jamais aussi fière que lorsqu’un de ses enfants remporte du succès sans concéder à la fierté de sa langue. Par conséquent, les chrétiens francophones du Québec se doivent d’entrer dans cette fierté d’être s’ils veulent faire avancer la Mission du Royaume. Sans conteste, l’expression originale, éclatée, imagée et distinctive des chrétiens francophones doit donner à l’Évangile des couleurs vives qui trempent dans sa nature identitaire unique, à la fois Française et Américaine.

Conclusion en actions
Nous l’avons vu dans les Textes inspirés, chaque langue distille un parfum que Dieu a créé pour un festival mondial d’adoration et de salut. Or, à cet égard, il est important de saisir et de chérir la valeur de la langue française. En un seul vers d’un poète, dans la prose d’un roman, dans l’élan de ses chants, nous effleurons l’intensité et la clarté descriptive de cette langue. Imaginons donc un peu que les chrétiens francophones réalisent l’importance de préconiser et d’approfondir la louange de Dieu dans leur langue ? Imaginons que des auteurs chrétiens francophones en fassent «baver» d’admiration par les descriptions suaves qu’ils produiraient au sujet de Jésus ?

Pour y arriver, retenons ces principes directeurs puisés dans les vérités bibliques énoncées précédemment :

1.    Principe d’identité :
C’est le principe suivi par l’apôtre Paul, de se faire «tout à tous», jusqu’à préserver le caractère unique de ceux qu’il voulait atteindre avec l’Évangile (1 Corinthiens, chapitre 9, versets 19-23). Imitons le prince des évangélistes, en nous gardant de vouloir dénaturer, même par la langue d’usage, l’expression du Christianisme à travers la Francophonie. Par exemple, l’utilisation publique de l’anglais pour désigner des églises ou des activités d’églises agissant dans une culture majoritairement francophone, devrait être abandonnée. La langue française est si riche ! Usons d’imagination pour impressionner nos concitoyens francophones avec des titres, des logos, des désignations magnifiant la beauté et l’originalité de cette langue. Il s’agit là d’une autre manière de respecter un autre principe si essentiel de l’œuvre du Royaume : le principe d’amour ! En effet, l’amour de nos concitoyens francophones implique que nous les servions en nous mettant à leur niveau. Mieux encore, l’amour nécessite que nous leur redonnions, à rebours de la tendance anglicisante du monde, leur véritable identité francophone. La Francophonie chrétienne, à cet égard, doit saisir la grandeur du rôle que Dieu veut lui voir jouer dans ce monde.

2.    Principe d’honneur du Créateur :
Nous l’avons vu, respecter le Créateur de la diversité humaine, c’est entrer dans son mouvement de respect des différences. Faire honneur à la langue française dans nos églises, c’est encourager les créateurs de toutes disciplines artistiques (chansons, poésie, écrivains, etc.) à prioriser le bon usage du français. Les textes de l’Apocalypse nous affirment que les langues sont éternelles, puisqu’elles traverseront l’au-delà afin de chanter les gloires de notre Dieu. Le fait de dire, raconter, chanter et prier toutes les vérités de l’Évangile en français, prépare déjà la Francophonie chrétienne à cette merveilleuse destinée. Martin Luther a marqué profondément sa nation en traduisant la Bible en Allemand. Il offrait ainsi l’opportunité à ses semblables d’entrer en relation avec Dieu dans leur identité langagière. Nous savons aujourd’hui quel impact puissant a eu ce geste, alors audacieux, auprès des siens. L’Angleterre a vécu une transformation spirituelle semblable avec l’arrivée de la Bible King James. Et que penser de l’œuvre, bénie par Dieu, de centaines de missionnaires qui traduisent encore aujourd’hui la Parole de Dieu dans les milliers de langages de la terre ? N’est-ce-pas là un travail respectant la stratégie de Dieu ?! Le ministère des églises et des missions francophones doit donc demeurer exempt de tout écart quant à la favorisation prioritaire du langage utilisé et diffusé. En terre francophone, honorons la volonté de Dieu en priorisant et en développant l’usage du français. Bien sûr, s’il y a un pourcentage minoritaire d’auditeurs d’une autre langue, nous devons avoir assez de déférence pour leur pourvoir une traduction, quand c’est possible. Mais dans un contexte où une grande majorité de l’auditoire est francophone (ex. 80%), il serait mal avenu d’accorder autant, sinon plus de place, à des chants anglophones ou à l’usage équivalent de l’anglais dans les discours. Cette dernière situation pourrait prévaloir dans un contexte où la majorité des auditeurs voudraient atteindre fortement une minorité par l’Évangile. Mais autrement, la vie normale d’une communauté chrétienne francophone ne devrait pas concéder à sa prérogative, vu l’importance de valoriser et de favoriser l’utilisation de la langue française en contexte numérique majoritaire.

3.    Principe de rachat et de consécration de la langue :
Si la langue anglaise est si attirante, au niveau de l’expression de la foi chrétienne, c’est précisément parce que les chrétiens anglophones du siècle présent comme des siècles passés, ont littéralement envahis leur lieu public par des productions marquées en langue anglaise. Dans la musique, même les «Grammy Awards» ont été obligés de reconnaître cette riche contribution en décernant annuellement des trophées à la production musicale évangélique. Si nous sommes impressionnés nous aussi par la beauté et le succès de l’hymnologie anglophone, il ne faut pas nous résoudre à simplement traduire (dans un mauvais français, en plus) ces chants chrétiens. Le destin de Dieu, exprimé dans la diversité du Royaume, nécessite que les artistes chrétiens francophones implorent l’Esprit Saint de les inspirer de la même manière. Puisque les églises francophones ont tellement été bien desservies dans le passé par des cantiques si riches de profondeur et de sens (pensons ici à nos recueils de cantiques datant du 19e et 20e siècles), elles doivent encore croire que Dieu n’a pas épuisé son imagination et sa créativité pour l’Église d’aujourd’hui ! À travers la communauté chrétienne francophone contemporaine, Dieu veut, pour ainsi dire, purifier et sanctifier le français. La mission d’utilisation de la langue française, dans les chants comme dans toutes les fonctions chrétiennes du langage (prière, livres, noms d’églises ou d’événements chrétiens), doit par conséquent atteindre au moins un succès similaire à ce qui se produit dans les églises anglophones modernes. Cela ne pourra évidemment s’atteindre qu’en ne cédant plus au charme de l’usage de l’anglais dans nos missions francophones.

Par le respect de ces principes clairement inspirés du Projet divin, nous nous alignerons mieux sur le destin que Dieu veut poursuivre en Francophone. Par conséquent, maintenant plus que jamais, il faut à l’Église francophone le courage de son identité et la fierté de sa langue. Il lui faut comprendre l’amour de ce que Dieu a voulu exprimer en elle. L’objectif recherché ici n’est pas de dénigrer la valeur de l’anglais. Seulement, si l’identité et la langue des autres sont à admirer, elles ne doivent pourtant être simplement imitées. Notre destin est celui de créer, sans emprunter, par complexe ou facilité, l’âme expressive des autres. Frères et sœurs de la Francophonie chrétienne, entrons donc, en français, dans notre destinée !

Christian Paulhus

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